Il y a peu un gendarme est tombé
figure du héros absolu
reconnaissance labellisée
conclusion collective entendue
d'un côté la vie d'un otage
qui coute à son sauveur la sienne
de l'autre un monument de rage
soi disant, porté par la haine
rien à dire de plus apparemment
il est même déconseillé
d'apporter des arguments
qui pourraient d'un coup éroder
cet encensement satisfait
qui contente nos orgueils
qui se plaisent à aimer
cet homme comme un linceul
pour ce qu'il peut cacher
car nos héros ont besoin
de quelques méchants nécessaires
pour pouvoir faire le bien
à l'aide de son contraire
les momuments ainsi élevés
au-dela ce qu'ils revendiquent
sont voulus pour dissimuler
l'origine même du tragique
voulant qu'un jeune homme un jour
pour des raisons qui n'en sont pas
fasse un tel vide tout autour
de lui qu'il l'emporte à la fois

Il faut pleurer les morts
sans tout arrêter à ces larmes
pour débusquer ses torts
qui nous valent ces drames
plus encore ces grandes cérémonies
tournent à nos avantages
ces vastes tragédies
en oubliant l'adage
qui dit que les erreurs
plus encore se répétent
quant on les fixe à l'heure
où le chagrin se prête.

Une fois encore des coupables
en guise de solutions
ce recours à l'amiable
avec la raison
en cédant à ce bon sens
trop jugé comme tel
où une forme d'impuissance
impose son logiciel
où les évidences
auxquelles on se rend
étouffent par avance
toutes réflexions
le régne des apparences
met le vrai en bouilli
en prétant allégeance
à ce fameux déni
qui passe par des médailles
un soldat inconnu
de drôles de funérailles
à ce point corrompues
que ces retrouvailles
avec le disparu
sont comme des représailles
à cette seule vertu
qui veut que la réalité
ait le dernier mot
comme Ravel insista
avec son boléro
précision entétante
passage obligé
pour éviter la pente
on l'on se voit glisser
comme par une mort lente
chercher la vérité
non pour ne pas avoir tort
afin que nos vies passées
nous conduisent à bon port.
alors un gendarme est tombé
s'il doit y avoir des honneurs
qu'ils soient rendus sans laisser
de place à l'erreur.
que ce qui doit donner l'exemple
fuit avant tout ces devises
qui réclament des temples
et exigent des églises
pour savoir qu'à elles seules
rien ici bas ne les prouvent
qu'il faut que leurs portes se veulent
pour qu'un jour on les ouvre
mais que d'elles-mêmes
le silence se fait
deux jours en quarantaine
et leur présence se taît
alors que la réalité
pour avoir gain de cause
exige que notre lucidité
ne marque pas de pause
qu'elle reste à toutes épreuves
de ces racommodages
qui libèrent les esclaves
avec plus d'esclavage
qui font que les héros d'aujoud'hui
préparent pour demain
ces quelques ennemis
qui les feront souverain
que ce que l'on encense
pour garder son emprise
place nos raisons à distance
pour qu'on ne cicatrice
jamais, que de nos plaies restées béantes
reviennent ces émotions
comme des eaux stagnantes
où tout le purulent
de nos impasses passées
pour poursuivre cet entretien
qui offrent ces données
qu'on dit mal ou bien
pendant que cette exactitude
qui nous fait défaut
implante ces certitudes
par lesquelles ce fiasco
général s'affranchit
à coups d'excuses répétées
dont l'une de plus s'est servie
il y a peu, d'un gendarme tombé.